MAP : Enseignement à distance: Quatre questions à Azzedine El Midaoui, président de l’université Ibn Tofail

MAP : Enseignement à distance: Quatre questions à Azzedine El Midaoui, président de l’université Ibn Tofail

 

Enseignement à distance: Quatre questions à Azzedine El Midaoui, président de l’université Ibn Tofail

Enseignement à distance: Quatre questions à Azzedine El Midaoui, président de l’université Ibn Tofail

vendredi, 8 mai, 2020 à 13:39

-Propos recueillis par OUMAIMA BERGUIG-

Kénitra – Le président de l’université Ibn Tofail Azzedine El Midaoui, revient dans un entretien à la MAP sur l’expérience de l’enseignement universitaire à distance durant la période du confinement sanitaire, les difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre et la possibilité de son adoption comme modèle pédagogique après la pandémie du Coronavirus.

 

1. Quelles sont les actions menées par l’université pour assurer la continuité de l’activité pédagogique durant le confinement sanitaire?

L’université Ibn Tofail à l’instar d’autres universités du Royaume, s’est mise en ordre de bataille pour assurer la continuité de l’activité pédagogique en mettant en place un ensemble de pré-requis qui ont permis de bien s’organiser comme au présentiel, c’est-à-dire l’enseignant peut s’adresser directement à son groupe de travaux dirigés, de travaux pratiques, de cours magistraux et particulièrement à sa section.

Nous avons misé sur le respect de la planification comme en période normale, sur le travail en équipe pédagogique ainsi que sur la nécessité d’assurer le tutorat qui extrêmement important à mon avis. Il ne faut pas laisser les étudiants travailler seuls de leur côté, il faut réagir, en les accompagnant et en leur permettant de s’interroger sur des points déterminés ainsi que de leur poser des questions, pour les aider et les assister.

A l’Université, il est nécessaire d’assurer les cours en live et de mettre en place une valise pédagogique qui regroupe tout ce qui concerne l’enseignement à distance, nous avons dans ce sens mis en place des guichets électroniques et numériques dans chaque établissement, pour que l’étudiant puisse les consulter à distance durant cette période de confinement pour le guider et le répondre sur les difficultés qu’il rencontre.

Je peux vous dire que les 100% des cours que devaient avoir les étudiants dans cette période de confinement existent dans le site web de l’université, dans les modèles existants et dans les différentes plateformes. L’université organise également des tables rondes sur diverses thématiques, diffusées sur la chaine nationale Arryadia et met aussi à la disposition des étudiants via le site universitaire des liens vers les espaces pédagogiques, ainsi que les liens d’accès aux différentes bibliothèques désormais gratuites dans le cadre de la solidarité universelle.

2. Comment évaluez-vous l’expérience de l’enseignement à distance après presque deux mois de son adoption ?

Pour pouvoir répondre à cette question, il est nécessaire de souligner qu’il existe deux type d’établissements, il y a ceux qu’on appelle les établissements à accès régulé, c’est-à-dire tout ce qui est notamment, écoles d’ingénieurs, facultés de médecine, écoles de commerce (ENCG), école de chimie et école supérieure d’éducation et de formation et dont le nombre des étudiants est réduit.

Donc, la manipulation et la mise en œuvre de l’enseignement à distance est relativement facile et les étudiants n’ont pas beaucoup de difficultés et le taux de connexion de ces étudiants est assez élevé il n’est pas de 100% certes, mais il est assez élevé. Il varie d’un niveau à un autre, d’une séance à une autre et d’une discipline à une autre.

Pour les accès régulé, le taux de connexion est au delà de 70%, parfois il est de 65%, parfois de 85% ou de 90%, mais il est assez élevé parce qu’ils sont également outillés, suivis et faciles à gérer, puisque l’enseignant les connais presque tous depuis le début de l’année universitaire, compte tenu de leur nombre réduit, donc je peux dire que le suivi est plus rigoureux.

Quant aux établissements à accès ouverts, il s’agit des grandes facultés de droit, d’économie, des lettres et des sciences. Alors là, ça dépend aussi des niveaux, car si vous prenez par exemple les masters, c’est plus facile parce que le nombre est réduit et pareil pour le niveau S6, dernier semestre de la licence, nous arrivons à les accompagner sans beaucoup d’ambiguïté. Il y a certaines disciplines ou vous avez plus de 3.000 et 4.000 étudiants en S6, mais généralement pour ce niveau c’est assez gérable, nous arrivons à accompagner, nos étudiants sans beaucoup de difficultés.

S’agissant des premières années S2 et des deuxième année S4 , les nombres sont extrêmement grands et la gestion est assez difficile. Imaginons même que s’ils décident tous de se connecter en même temps à un certain moment au niveau des serveurs de l’université ou de toute autre université, même au niveau mondial, il sera difficile de pouvoir les répondre et les satisfaire tous.

Mais généralement, je pense que l’université marocaine a très bien réagi avec ses composantes, que ce soit les étudiants, les enseignants, le personnel administratif et les gestionnaires au niveau de l’administration centrale. Il s’agit d’une très bonne expérience pour laquelle nous devons être encouragés.

3. Quelle perspective pour l’enseignement à distance au Maroc pour la période post-confinement ?

Aujourd’hui, avec l’arrivée de cette pandémie et les efforts déployés par l’Etat, le département de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, nous avons pu brûler les étapes en matière de l’enseignement à distance et nous pouvons en concertation avec les instances qui dirigent l’université et les représentants des étudiants, arriver sans ambiguïté à des consensus sur la place de l’enseignement à distance dans l’université et dans la pédagogie.

Je peux vous dire que l’étape que nous avons franchie au bout de plus de deux mois de confinement sanitaire imposé à cause de la propagation du Covid-19, en matière de digitalisation et d’enseignement à distance, nous n’aurions pas pu la franchir au bout de 5 ans dans des conditions normales.

Donc, j’estime que quand nous reviendrons à des conditions normales de fonctionnement, nous irons mieux et nous nous adapterons plus vite, car nous sommes capables après cette expérience à même de basculer vers la création d’une université virtuelle à l’instar d’autres pays du monde.

4. Beaucoup s’interrogent sur la possibilité d’assurer des examens à distance, pensez-vous que ça peut se faire dans un avenir proche ?

Nous discutons de ce sujet au niveau de la Conférence des présidents d’université et je peux vous dire que ceci est difficile pour être appliqué actuellement, car s’il y a un seul étudiant marocain qui n’a pas accès à l’internet ou bien qu’il n’a pas un ordinateur ou un smartphone pour pouvoir suivre comme il le faut, il sera difficile à mon avis d’opter pour les examens à distance.

Notre objectif n’est pas de mettre les étudiants en difficultés conformément à la vision stratégique nationale pour la réforme de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique 2015-30 dont l’un des fondements, c’est l’équité.

Aller vers les examens à distance nécessitera du temps, des moyens et une garantie totale que l’ensemble des étudiants (100%) puissent être bien connectés avec des moyens logistiques nécessaires.

Leave a Reply

Your email address will not be published.